Endnotes

Deux aspects de l’austérité

Que va-t-on faire de l’actuelle phase d'austérité ? Doit-on croire les keynésiens comme Paul Krugman, quand ils arguent du fait que les capitalistes agissent contre leurs propres intérêts quand ils réclament des coupes budgétaires ? Est-ce que les finances des gouvernements sont vraiment sous pression, ou s’agit-il juste d’un stratagème pour miner les derniers gains obtenus par les luttes ouvrières ? Proposé par quelques membres d'Endnotes ...

Une crise est en premier lieu une crise pour les ouvriers. Mais c'est une crise pour les ouvriers parce que c'est une crise pour le capital. Que c'est le cas n'est pas toujours si évident. Toutes les fois que le PIB se contracte, les représentants du capital réclament invariablement des « sacrifices partagés » — c'est-à-dire, des sacrifices partagés par les personnes qui travaillent. Ce serait une chose si cela signifiait seulement que des travailleurs du secteur public ont été congédiés et que les programmes étatiques pour les pauvres ont été réduits au moment même où ils en ont le plus besoin. Après tout, les coupes dans les dépenses d'Etat au cours d'une crise sont contraints par la structure du mode capitaliste de production. Car contrairement à ce que les keynésiens peuvent dire, l'action de l’Etat est limitée au final par le taux de croissance du secteur privé — et ce n’est pas l’inverse. Mais en réalité, l'austérité ne signifie jamais seulement des mesures provisoires pour traiter une crise. Les programmes de dépense sociale n'ont pas simplement été élagués; ils sont radicalement rabotés ou éliminés entièrement. Dans beaucoup de pays, la crise est employée comme un levier pour détruire des droits acquis de longue date, y compris le droit de s’organiser. Ces attaques ne semblent pas être seulement des ajustements cycliques dans la logique de déploiement du mode de production capitaliste. Au contraire, elles semblent être les points essentiels dans le programme de guerre de classe du capital. Sur cette base, il est facile de tirer la conclusion que l'austérité n’est qu’une couverture pour la redistribution de la richesse des salaires vers les profits.

Cependant, si nous en restons là, nous sommes dangereusement près d'être d'accord avec les Keynesiens en dépit de nous-mêmes. Ces derniers identifient également les manœuvres du capital comme des efforts pour redistribuer la richesse en faveur des profits. Mais ils poursuivent en faisant la distinction entre les intérêts à court terme du capital (luttant pour une part plus importante d’un gâteau qui se retrécit sans arrêt) et ses intérêts de long terme (travaillant avec le travail pour agrandir le gâteau). Si les deux classes agissaient stratégiquement, selon les keynésiens, elles renonceraient à leur bataille à propos de la distribution de la richesse. En d'autres termes, il n'y aurait aucune lutte de classe. Le capital accepterait d'investir dans l’expansion de la production, et le travail accepterait de ne prendre qu’une partie des gains de productivité. L'Etat réglerait alors cette entente d'une manière neutre : chaque fois que l'économie a calé et les parties ont commencé à se disputer, l'Etat diminuerait les taux d'intérêt et emprunterait l'argent pour stimuler une demande, donnant quelque chose à obtenir aux deux classes. Une fois que la croissance reprendrait, l'Etat relèverait les taux d'intérêt et rembourserait ses dettes. Naturellement, ce n'est pas ce qui se produit maintenant. Les représentants du capital ont-ils capturé l'Etat pour un projet à court terme, redistributif — et ont-ils de ce fait perdu la capacité d'agir en conformité avec leurs propres intérêts à long terme, stratégiques ? Même si le capitalisme vert n'avait pas évité la catastrophe écologique, cela aurait certainement été une campagne de relations publiques sensationnelle pour le capital, mais ça n'a jamais décollé. La crise se terminerait-elle si, comme le défendent les keynésiens, l'Etat se débarrassait de ces appels à l'austérité et, grâce à un grand investissement en infrastructure, essayait de convaincre le capital de renouveler son entente avec le travail ?

Nous pensons que c'est une façon erronée de comprendre le moment présent. Le capitalisme est au milieu d'une crise profonde, qui place maintenant les deux classes face à face avec les limites objectives de ce mode de production. Que ces limites existent n'est pas dans les intérêts de l’une ou l’autre classe — et elles ne peuvent être surmontées par une action déterminée de l’Etat. Au contraire, c'est la faiblesse de l’Etat qui deviendra douloureusement évidente au cours des mois à venir, avec la récession en W. Christine Lagarde, la tête nouvellement ointe du FMI, a récemment exprimé ses préoccupations par rapport au tour que prennent les événements, dans les pages du Financial Times :

La situation aujourd'hui est différente de celle de 2008. En 2008, l'incertitude est venue de la mauvaise santé des institutions financières. Maintenant, elle vient des doutes au sujet de la santé des dettes souveraines... Alors la réponse était un aménagement monétaire sans précédent, le soutien direct du secteur financier et une dose de stimulation budgétaire. Maintenant la politique monétaire est plus contrainte, les problèmes des banques devront à nouveau être affrontés, et la crise a laissé derrière elle un legs de dette publique — environ 30 points de pourcentage de PIB plus haut qu'auparavant, en moyenne, dans les pays avancés. (Financial Times, 16 Août, 2011)

Ce que Lagarde n’a pas mentionné est le fait que les rapports dette/PIB dans les « pays avancés » étaient déjà hauts avant 2008, quand ils ont monté en flèche en réponse à la crise (voir le tableau ci-dessous). A la veille de la Grande Dépression, en 1929, la dette publique des USA a été évaluée à seulement 16 pour cent du PIB ; dix ans après, en 1939, elle avait atteint 44 pour cent.1 En revanche, la veille de la crise actuelle, en 2007, la dette publique des USA était déjà évaluée à 62 pour cent du PIB. Elle a atteint 99 pour cent juste quatre ans après, en 2011. Il est facile d’en identifier la cause : pendant presque quatre décennies, les rapports dette / PIB dans les pays de haut-revenu ont tendance à monter pendant les effondrements (selon la recette keynésienne), mais ils ont refusé de tomber ou ont encore augmenté pendant les booms. Est-ce du à une mauvaise planification de la part des élites ? Au contraire, c'est parce que les booms eux-mêmes sont devenus de plus en plus faibles, sur une base cycle par cycle. En conséquence, l'Etat a été incapable de relever les taux d’intérêt ou de rembourser ses dettes (sauf par intermittence), puisque n'importe quelle tentative soutenue de le faire risquerait de miner des périodes toujours plus fragiles de croissance.2 Ceci est un problème pour les keynésiens, puisqu'il suggère quelque chose de la faiblesse structurelle de l’économie capitaliste — au delà de la capacité d’intervention de l'Etat.

Cette faiblesse fait pression sur l'Etat, de deux façons. D'abord, à cause de la fragilité de l'économie, l'Etat se trouve maintenant dans la situation même à laquelle Keynes lui-même a fait face durant la Grande Dépression. Au cours des quatre dernières années, la Réserve Fédérale, en tandem avec d'autres banques centrales, a tenu les taux d'intérêt à court terme près de zéro pour cent. Pourtant l'économie n'a pas récupéré. C'est censé être impossible : les entreprises devraient tirer profit de l'argent gratuit pour investir, et les ménages pour acheter des maisons. Si personne ne veut emprunter d’argent aujourd'hui, c’est parce qu'il y a déjà tant de dettes. Naturellement, ces dettes ont été acquises pendant les années de bulle (1998-2001 et 2003-2007), quand des sociétés et des familles très riches ont vu augmenter la valeur de leurs actifs. Contre ces actifs dont la valeur augmentait, elles ont emprunté pour investir ou faire de grands achats — même si les bénéfices et les salaires stagnaient.3

Maintenant que les valeurs des actifs sont nettement tombées, chacun essaye d'économiser l'argent pour rembourser ses dettes. Cependant, cette fête de l'épargne a mis l'économie en péril. Dans des conditions normales, quand les sociétés et les individus économisent l'argent, elles le déposent dans les banques, qui prêtent alors l'argent à d'autres sociétés et individus pour dépenser. Dans ce sens, aucune dépense « ne va manquer ». Quand chacun économise simultanément, il manque de l’argent à dépenser, faisant contracter l'économie. La différence entre la Grande Dépression et aujourd'hui est que les gouvernements sont intervenus pour compenser le manque en dépensant de l’argent eux- mêmes — c'est-à-dire, par la stimulation budgétaire (même si cette stimulation consiste la plupart du temps en augmentations automatiques des déboursements pour des programmes de chômage et d'assistance sociale existants). En revanche, durant les premières années de la Grande Dépression, le gouvernement des USA n'a pas compensé le manque de dépenses, et l'économie s’est contractée de 46 pour cent. La stimulation budgétaire a ainsi aujourd'hui une fonction différente de celle qu'elle avait au cours d'un cycle économique normal. Son but n'est pas de remettre en marche la croissance économique — qui se produirait seulement si les gens dépensaient l'argent additionnel que la stimulation a mis dans leurs poches. Au lieu de cela, elles l'emploient la plupart du temps pour rembourser leurs dettes. Dans la crise actuelle, les dépenses étatiques doivent simplement acheter du temps , afin de donner à chacun une chance de rembourser ses dettes sans causer la déflation — qui, en abaissant la valeurs des actifs, renchérirait seulement le poids de la dette. Pour ces raisons, la stimulation budgétaire est la seule chose qui peut empêcher l'économie de se contracter aujourd'hui.4

Pourtant la pression sur l'Etat pour dépenser de l'argent est contrecarrée par une pression égale et opposée — pour réduire la dette publique. Contrairement à ce que les keynésiens indiquent, les Etats ont dépensé beaucoup d'argent depuis que la crise a éclaté. Au cours des quatre dernières années, le gouvernement des USA a accumulé une dette légèrement inférieure à la production annuelle totale du pays en 1990 — juste pour ralentir le taux auquel l'économie revient à la récession. Le problème est que l'Etat accumule cette dette massive dans un contexte historique dans lequel il est, à côté des entreprises et des ménages, déjà lourdement endetté lui-même.5 Ce contexte historique est ce qui est absent de la vision keynésienne : ils n'ont pas noté que la faiblesse de l'économie pendant les quatre dernières décennies — le fait qu'elle se développait déjà de plus en plus lentement avant la crise actuelle — a limité la capacité de l'Etat de s’endetter aujourd’hui. C'est ce qui inquiète tellement Lagarde (voir la citation ci-dessus). La dette publique est tellement grande qu'il est dangereux de dépenser plus d'argent pour stimuler l'économie : la dépense dans le présent épuisera seulement la capacité de l'Etat de recourir à la dette en cas de futures urgences financières. Cela pourrait même accélérer la crise, puisque les augmentations rapides de la dette publique soulèvent le spectre Du défaut de paiement sur la dette souveraine.6

Dans ces conditions, l'Etat a une obligation de « maintenir sa poudre sèche » [se tenir aux aguets] — c'est-à-dire, de maintenir, aussi longtemps que possible, sa capacité de se baser sur des lignes de crédit peu coûteuses. L'Etat aura besoin de ce crédit lorsqu’il essayera de surmonter les prochaines vagues de turbulence financière (par exemple lors de sauvetages de banques). Dans ce sens, l'austérité est parfaitement rationnelle. Que n'importe quelle phase d’austérité causera également la déflation, mettant ainsi en danger la stabilité qu’il est censé assurer, est une vraie contradiction, à laquelle l'Etat fera face dans cette période. Ces deux pressions — à dépenser afin de stopper la déflation ou à couper les dépenses afin d’éviter le défaut de paiement— sont également implacables. En effet, c’est ici, sur le bilan d’innombrables gouvernements, que la crise se joue maintenant. Si en 2008, la solvabilité de l'économie privée était préservée en décalant ses responsabilités vers les comptes publics, aujourd’hui l'action de l’Etat pour protéger sa propre solvabilité menace de mettre à nouveau en danger le secteur privé. Pour paraphraser Marx, toute cette jonglerie de la dette sert seulement à décaler la crise de l'insolvabilité à une plus large sphère, et lui donne une orbite plus large.

Néanmoins, nous devons nous garder contre la tendance à confondre cette faiblesse du mode de production capitaliste avec une faiblesse du capital dans sa lutte avec le travail. Les crises ont toujours tendu à renforcer la main du capital dans la lutte de classe — et la notion keynésienne selon laquelle l'Etat pourrait convaincre le capital de ne pas tirer parti de cet avantage n'est rien d’autre qu’un fantasme technocratique. Dans une crise, la demande du travail tombe pendant que, en raison des licenciements de masse, son offre augmente. Ce seul point affaiblit la position des ouvriers. De plus, alors qu'il est vrai que le capital souffre des pertes au cours d'une crise, les capitalistes individuels se trouvent rarement dans la sorte de danger existentiel auquel les ouvriers font face quand ils perdent leur travail. Les capitalistes ont des réserves beaucoup plus grandes que les travailleurs, ainsi ils peuvent habituellement attendre la fin d'une crise, particulièrement quand la demande pour ce qu’ils produisent diminue. Pour toutes ces raisons, nous devons reconnaître que la crise a affaibli la position des ouvriers par rapport au capital. Il n'est donc pas surprenant que les représentants du capital utilisent la crise à leur avantage en proclamant que telle ou telle mesure est nécessaire pour restaurer le taux de profit. Restaurer le taux de profit est vraiment la seule manière de créer des emplois. Et en l'absence d'un assaut massif de la classe ouvrière sur l'existence même de la société de classes, les ouvriers n'ont pas d’autre intérêt que de trouver des jobs ou d’essayer de les garder. Ce sont les difficultés conceptuelles présentées par la crise du capitalisme. La faiblesse du système comme un tout est en même temps la faiblesse des ouvriers dans leur lutte quotidienne contre le capital — et non, comme nous pourrions l’imaginer, leur force. Si nous ne séparons pas ces deux moments, nous sommes exposés à ne pas comprendre la nature contradictoire de l'austérité dans la crise actuelle.

Dette brute comme pourcentage de PIB, sélection de pays, 2007-11

Pays 2007 2008 2009 2010 2011 Changement
Islande 29 72 100 116 108 +79
Irlande 25 44 66 94 102 +77
Japon 188 195 218 226 234 +46
Grèce 96 99 115 130 139 +44
Royaume-Uni 44 52 68 77 82 +38
Etats-Unis 62 71 84 93 99 +37
Espagne 36 40 53 63 70 +34
Portugal 63 65 76 83 87 +24
Hollande 45 58 62 66 69 +24
France 64 67 78 84 88 +24
Belgique 83 90 97 100 103 +20
Finlande 35 35 44 50 52 +17
Italie 103 106 116 118 120 +16
République Tchèque 29 30 35 40 44 +15
Canada 65 70 82 82 80 +15
Nouvelle Zélande 17 20 26 31 33 +15
Australie 9 12 18 22 24 +14
Autriche 59 62 67 70 72 +13
Danemark 34 42 41 44 47 +13
Allemagne 65 66 74 75 77 +12
Taiwan 33 36 40 39 38 +5
Suède 40 38 42 42 41 +1
Corée 30 29 33 32 31 +1
Israel 78 75 78 76 74 -3
Norvège 59 57 54 54 54 -4
Suisse 44 41 39 39 38 -6

Source : http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/weodata/index.aspx

  1. Il est vrai que la dette publique des USA a monté en flèche à 121 pour cent de PIB en 1946 à la fin de la deuxième guerre mondiale — c'est-à-dire, 17 ans après que la dépression ait commencé. Mais c'était pendant une guerre, et les dettes accrues ont presque entièrement été financées par des obligations achetées par des citoyens des USA. Dans les années 40, les USA étaient un créancier international, empruntant à l’intérieur de sa propre économie, et non (comme aujourd’hui) un débiteur international empruntant à l’extérieur.
  2. Dans la période de la croissance forte après la deuxième guerre mondiale, la dette publiques des USA est tombée de 121 pour cent du PIB en 1946 à 32 pour cent en 1974. Le seul cas où, depuis lors, ce rapport est tombé (de 70 à 55 pour cent) était également le seul cas où l'économie s'est développée rapidement, 1995-2000.
  3. Voir Robert Brenner, « Ce qui est bon pour Goldman Sachs est bon pour l'Amérique ». D'autres textes que nous avons trouvés utiles en écrivant cette contribution incluent la note de Richard Koo, « le QE2 [quantitative easing 2] a transformé les marchés de marchandises en marchés de liquidités » et le nouveau livre de Paul Mattick, « Business as Usual ».
  4. En fin de compte, le gouvernement peut seulement employer la politique monétaire pour encourager les entreprises et les ménages à dépenser ; il ne peut pas les forcer à dépenser (en revanche, quand le gouvernement s'engage dans la politique budgétaire, il dépense son propre argent — ou au moins, l’argent qu'il peut emprunter). Cette limitation de la politique monétaire a été récemment démontrée par l'échec du «quantitative easing » [assouplissement quantitatif ] . La Réserve Fédérale et les autres banques centrales, notamment au Royaume Uni, ont acheté des quantités massives d’obligations à long terme de leurs propres gouvernements, injectant efficacement l'argent dans le secteur bancaire. Cette action aurait pu être inflationniste, mais elle ne l’a pas été, parce que les gens n'ont pas emprunté l'argent additionnel que les banques ont dû prêter. En fait, le « quantitative easing » n'a été jamais prévu pour causer l'inflation — même si la Fed était fréquemment accusée du `faire fonctionner la planche à billets'. En achetant des obligations, les banques centrales essayaient seulement de pousser des investisseurs hors du marché des obligations et ainsi vers des actions comportant davantage de risques. Le succès de cette action a été reflété dans le retour, pendant le premier semestre de 2011, de la montée des marchés boursiers, qui ont fait que les entreprises et les ménages aisés semblaient soudainement plus riches qu'ils n’avaient été quelques mois auparavant. L'espoir était que la montée des cours des actions réparerait les équilibres de chacun. Mais l'effet du «quantitative easing » n’a duré que le temps du « easing » lui-même. Après tout, les marchés des actions ne montaient pas parce que l'économie se trouvait dans une relance ; ils montaient parce que les banques centrales les ont fait monter. Un flux de mauvaises nouvelles au sujet de l'économie — et la plus mauvaise de toutes est le fait que la Fed finirait par arrêter le « quantitative easing » — ont fait effondrer cette mini bulle du marché des actions. En réalité, n'importe quel effet positif que le «quantitative easing » a eu sur les bilans des investisseurs était plus que contrecarré par le fait qu'il a aussi provoqué une augmentation des prix des marchandises (par exemple alimentation et carburant), mettant en danger la relance molle.
  5. Toute la dette des USA, y compris l'Etat, les entreprises et les ménages, représentait approximativement 350 pour cent du PIB en 2010. Dans d'autres pays — R-U, Japon, Espagne, Corée du Sud et France — , les niveaux de la dette totale étaient encore plus élevés, jusqu'à 500 pour cent de PIB. Le « Deleveraging » [‘l’effet de levier inversé’ ou remboursement immédiat des dettes] a seulement commencé.
  6. Les crises de la dette souveraine se produisent lorsque des ratios élevés entre la dette et le PIB (historiquement, ceux approchant 100 pour cent) constituent une vraie menace à la capacité des Etats à assurer le service de leur dette, à la fois parce que les paiements des intérêts montent relativement au revenu de gouvernement et parce que les taux d'intérêt sur la dette à refinancer ont tendance à monter rapidement (comme nous le voyons maintenant tout le long de la côte nord de la Méditerranée et en Irlande). Le fait que les Etats ne sont pas souvent en défaut de paiement, ou que, lorsqu’ils sont en défaut de paiement, ils sont finalement capables de reprendre l'emprunt international, est sans importance particulière pour cette histoire. Après tout, le fait que n'importe qui puisse être licencié de son travail n'est pas négligeable simplement parce que la plupart des personnes ne sont pas licenciées; la simple possibilité de perdre un travail règle l'activité de tout individu qui a un travail. De la même manière, la possibilité même de perdre l'accès aux marchés de crédit internationaux règle l'activité des Etats emprunteurs, même si en réalité le défaut de paiement a fréquemment lieu. Pourtant comme le montrent Reinhart et Rogoff dans « Cette fois c’est différent », les défauts de paiement de dette souveraine — examinés à l'échelle mondiale — ne sont pas rares du tout en réalité. Ils viennent par vagues et jouent un rôle majeur dans le déploiement mondial des crises. Est-il possible d'imaginer que, dans cette période, les Etats défieront d’une façon ou d'une autre le fonctionnement de la loi de la valeur, augmentant leurs dettes massivement sans augmentation correspondante du taux de croissance prévu du PIB ? Ceux qui croient que les Etats pourront faire ainsi verront leur thèse mise à l’épreuve dans la période qui vient (et nous ne pouvons pas éliminer cette possibilité, étant donné le fait qu'une accumulation massive des dettes — détenues par les sociétés, les ménages et les Etats, et toujours de manière nouvelle — a reporté le début d'une nouvelle dépression à plusieurs reprises pendant les quarante dernières années).